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Mariages virtuels au Japon : quand la photographie capture l'union avec un hologramme

L'Indépendant raconte cette semaine comment Jérôme Gence s'est retrouvé à documenter les mariages virtuels au Japon — un sujet que l'on aurait cru improbable, et dont les images sont aujourd'hui…

Claire Vidal·mis à jour 04 septembre 2026

Mariages virtuels au Japon : quand la photographie capture l'union avec un hologramme

L'Indépendant raconte cette semaine comment Jérôme Gence s'est retrouvé à documenter les mariages virtuels au Japon — un sujet que l'on aurait cru improbable, et dont les images sont aujourd'hui accrochées aux murs de l'église des Dominicains de Perpignan, dans le cadre de la 38e édition de Visa pour l'Image. Ce qui frappe au premier regard, c'est l'effacement presque total de la frontière entre le réel et le virtuel: sur les tirages, le fiancé et son hologramme semblent partager le même espace, la même émotion, la même attente.

Huit mois pour comprendre

Gence n'est pas arrivé à ce sujet par effraction. Il avait consacré un premier reportage aux live streamers, ces blogueurs qui passent jusqu'à vingt heures par jour derrière un écran à chanter, danser, manger pour des millions de fans — une industrie où des émoticônes peuvent coûter des milliers d'euros pour récompenser une performance. Puis il y a eu les chanteuses holographiques, ces petits personnages qui dansent sur scène et devant qui le public pleure, acclame. Le photographe explique avoir voulu savoir pourquoi des fans acceptaient de payer jusqu'à 200 euros pour voir une artiste qui n'existe pas. Huit mois d'immersion plus tard, il croisait la route d'un mariage: celui d'un Japonais avec Hatsune Miku, figure virtuelle de 16 ans aux couettes bleues, véritable star dans son pays, qui se produisait ce jour-là comme si de rien n'était.

Kondo, ou la complexité derrière le geste

Le fiancé s'appelle Kondo. Selon le récit de Gence, il n'était ni un homme en rupture ni un cœur isolé cherchant à meubler sa solitude par un subterfuge. C'était un otaku, harcelé durant sa scolarité pour avoir toujours préféré les personnages — de manga, d'anime, de musique — aux relations ordinaires. La persécution s'était poursuivie jusque dans son travail, au point de le faire basculer dans la dépression. Gence précise que le mariage n'était pas une fuite du réel, mais une manière de ramener quelque chose de profondément aimé dans la trame d'une vie quotidienne. Une manière de dire, aussi, que l'attachement ne se mesure pas à la matérialité de l'autre, et que Kondo aspirait surtout à devenir le porte-parole de ceux qui aiment des personnages fictifs.

Ce que cela change pour notre regard

Je repense souvent à ce reportage depuis que j'en ai pris connaissance, parce qu'il nous renvoie, à nous qui documentons des cérémonies, une question simple: qu'est-ce qu'une image de mariage est vraiment censée montrer? Kondo, souligne le photographe, ne s'est pas levé un matin en décidant d'épouser une poupée. Sa démarche était plus ancienne, plus souterraine, nourrie d'années de marginalisation. Le cliché qui fixe l'union n'est alors plus le témoignage d'un bonheur standardisé: il devient le portrait d'une obstination intime, celle qui consiste à tenir debout avec ce qu'on a, fût-ce une présence projetée. Et c'est peut-être cela, finalement, que nous cherchons toutes et tous à immortaliser — non pas la perfection d'un jour, mais la texture d'un attachement qui, lui, dure.